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"Extrémisation" du discours politique en démocratie: le cas de la France

  • Photo du rédacteur: Dotse
    Dotse
  • 30 janv. 2022
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 mai 2023

L’Allemagne était une démocratie en 1933 quand Hitler était arrivé au pouvoir. On peut dire mieux. C’est grâce à la démocratie qu'il est arrivé au pouvoir. Ce fait oblige à poser un constat alarmant. La démocratie, comme tout système idéologique et social, porte en elle les germes de sa propre destruction. Le fascisme étant fils de l’extrémisme, il est donc légitime de s'interroger sur “l’extrémisation” du discours politique en France.

Pour rappel, la démocratie est un concept clé de nos sociétés modernes occidentales. Elle postule le gouvernement du peuple par le peuple. Dans la pratique démocratique, cette affirmation n’engage aujourd’hui que ceux qui y croient. A défaut de constituer un système de gouvernance directe par le peuple, elle suppose néanmoins que tous les pouvoirs de gouvernance ne soient pas concentrés dans les mains d’une seule personne. C’est ici l’occasion de rappeler la fameuse formule de Montesquieu dans son “Esprit des lois”. «…C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser; il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites…Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Cette séparation des pouvoirs est la garantie du respect de certaines libertés fondamentales dont jouissent les citoyens d’une société démocratique, telle que la liberté d’expression. Toutefois, ce système comporte quelques biais qu’il est nécessaire de souligner.

D’une gouvernance du peuple, la démocratie s’est d’abord muée en une gouvernance de la majorité. Ce jeu de la majorité est sans doute essentiel pour une mise en œuvre optimale du programme du gouvernement. Le risque,- et c’est ce qui s’observe en France,- est que ce jeu de la majorité débouche sur un bipartisme politique auquel s’agrège un clivage idéologique plus ou moins étanche entre la gauche et la droite, puis entre l'extrême gauche et l’extrême droite.

Le phénomène est assez intéressant à analyser en France. Tout d’abord, le paysage politique de la Ve république a été dominé pendant longtemps par la gauche et la droite “classiques”.Si l’extrême droite ou gauche ont toujours joué un rôle important dans le spectacle politique, leur chance d’accéder au pouvoir a toujours été moindre par rapport à celle de la droite ou de la gauche. Même lorsque l’extrême droite arrivait au second tour, un consensus permettait toujours de l'éclipser. La fin du quinquennat de Hollande a toutefois sonné le déclin des partis classiques. Cela a facilité l’émergence d’E. Macron qui, s’il peut être considéré comme venant de gauche, n’en a pas la mentalité ou la politique. L’émergence de cette figure aurait pu faire présager un apaisement de l'arène politique. Il aurait été légitime de croire en la mise en œuvre d’une politique objective, allant au-delà des lignes idéologiques préexistantes. Non seulement cela n’a pas été le cas mais on peut remarquer que l’affaiblissement des partis classiques a fini par donner plus de consistance aux extrêmes. Même Marine le Pen qui s’est engagée dans un processus de dédiabolisation de son parti, finit par être vue comme trop ramollie et remplacée par la nouvelle figure de l'extrémisme de droite E. Zemmour.

Les médias ont joué un rôle important dans cette "extrémisation" du paysage politique. A l’image des partis politiques, on peut tout à fait identifier aujourd’hui des médias de gauche comme de droite. Le fait même que ce constat puisse exister montre qu'ils ne sont plus seulement des instruments d’information mais aussi de propagande.

Quelles seraient les conséquences d’une arrivée au pouvoir des extrêmes? Il faut partir du postulat que toutes les idées poussées à l'extrême deviennent dangereuses. On peut s’imaginer que le pouvoir d'extrême gauche conduirait à une exacerbation de la lutte des classes et des mouvements identitaires de gauche. Que ce soit le féminisme, l'antiracisme, les mouvements LGBTQ+ etc...tous, même s’ils poursuivent des causes nobles, deviennent clivants dès lors qu’ils sont poussés à l’extrême et desservent les causes qu’ils défendent. Ce serait une sorte de société de la censure qui conduirait de plus en plus vers une sorte d’Evergreen. Quant au pouvoir d’extrême droite, il n’est pas besoin d’une grande réflexion pour se rendre compte que son discours est extrêmement dangereux. L’histoire nous prouve qu’il n’a jamais été une bonne idée de jeter l'opprobre sur une partie de la population en l’accusant de tous les maux dont souffre le pays.

Au fond, cette situation n’est pas tout à fait imprévisible. En effet, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le monde est systématiquement divisé en deux blocs politiques et idéologiques. Cette binarité systématique innerve toutes les formes de pensées. Même au sein du système de l’ouest, cette division existe. Au-delà de la pluralité des partis politiques, l’idéologie reste toujours plus ou moins binaire entre les partis qui peuvent être catégorisés comme de gauche et ceux de droite. Il en découle un manque de nuance et d’objectivité. En effet, toute réflexion objective nécessite une dialectique, une thèse et une antithèse. La synthèse est la solution permettant de trouver un juste équilibre. La politique à la française ne fonctionne pas sur cette base. Elle conduit en général à sacrifier l’intellect sur l’autel de l’idéologie. Il parait que c’est une condition essentielle de l’existence de la démocratie. On rappellera toutefois avec Montesquieu que « la démocratie et l'aristocratie ne sont point des États libres par leur nature. La liberté politique ne se trouve que dans les gouvernements modérés »



 
 
 

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